15 % des déplacements à vélo dans Paris, dès 2020 ? Au boulot

Logo-PTR9415 % des déplacements à vélo dans Paris, dès 2020 ?

C’est la promesse du Plan vélo Paris 2015-2020, qui ne vise rien de moins que de faire passer la part modale vélo de 5% à 15% de TOUS les déplacements, c’est à dire ceux de moins de… 80 km. (!)

Chiche.

Cette ville part avec des atouts :

  1. c’est l’une des plus denses du monde : les Pays-Bas n’ont qu’à bien se tenir- mais attention : très bien maillée en transports en commun -sauf la nuit-
  2. un réseau de VLS, Vélos en Libre Service : Vélib, qui a montré son efficacité depuis l’été 2007
  3. une concertation avec les associations cyclistes, et la population en générale
  4. l’opération Paris respire, réel succès (Quais de Seine, Bois de Vincennes, Bois de Boulogne aux cyclistes et piétons le dimanche)

Nous pensons cependant qu’il va falloir mettre un sacré paquet en terme d’incitations à la pratique vélo quotidien, pour atteindre ces ambitieux 15% :

  • et en terme de Réseau Express Vélo : sortes d’autoroutes à vélo, où ces derniers sont prioritaires aux carrefours, afin d’avoir une vitesse moyenne autour de 20 km/h (soit supérieure à celle des voitures en ville dense) :
  1. des pistes élargies et fréquemment entretenues (vaste programme, gageure quand on connait l’existant en Ile de France à vélo au quoitidien), soit « à haut niveau de service », comme on a su le faire pour rendre les bus attractifs
  2. des carrefours sécurisés (pas comme le Carrefour Pompadour à vélo, hein), il va bien falloir un jour traiter les points noirs dus au trafic auto démentiel, si besoin flux vélo séparé des voitures, moyennant quelques € :

  1. des services proposés sur les itinéraires (gonflage, petites réparations)

-> Tout cela sortira t’il de terre ? On aimerait y croire. Où en est la Petite Ceinture, à ce sujet ? Elle ferait un bien beau REV (Réseau Express Vélo), si l’on en fait pas uniquement des jardins partagés, poulaillers, restos bio, terrain de pétanque etc…

  • en terme de complémentarité avec les transports en commun, bien sûr explosion nécessaire du stationnement couvert aux gares, mais également la question de l’emport du vélo dans le RER, question incontournable pour une agglomération de 12 millions d’habitants, où toutes les distances ne peuvent pas se faire à vélo (l’interdiction du transports des vélos dans le futur Métro du Grand Paris Express, est symptomatique : c’est un frein réel de banlieue à banlieue, or le vélo pliant, autant pratique qu’il soit, ne peut pas tout). Une des autres solutions pour les pendulaires est d’attacher solidement 2 vélos : 1 vélo à chaque gare.
  • en terme de franchissements non seulement du boulevard périphérique, mais également de la Seine : cyclable, mais aussi rapides
  • en terme de co-mmu-ni-ca-tion envers les usagers, pour lever les freins à l’usage du vélo quotidien, auprès du plus grand nombre :
  1. pluie
  2. stationnement aux 4 coins de la ville -nécessité d’arceaux vélos à chaque carrefour en zone dense, chaque angle de rue, pour desservir tous les habitants et tous les lieux de vie et de commerce- et au domicile (habitat collectif) : le casse-tête
  3. crevaison
  4. vol du vélo mais aussi de ses périphériques (roues, selle), à défaut du vol du Périphérique
  5. nécessité d’organiser des échanges réguliers sur place, à vélo, avec les associations d’usagers (exemple d’une ville de bonne volonté, mais encore tellement loin du compte). A Paris on part de loin, délires d’architectes : où le vélo est la 5ème roue du carosse/la variable d’ajustement, et on le paie aujourd’hui : l’aménagement est inefficace, inconfortbale, quand il n’en devient pas dangereux. Conséquence d’une mentalité vélo balade flânerie du dimanche, et non vélo moyen de transport.
  6. nécessité d’organiser des balades vélo à destination du grand public (celles organisées par les associations ne peuvent pas répondre à toute la demande d’une zone ou la bagatelle de 6,6 millions d’habitants s’entassent dans Paris et les 3 départements de sa petite couronne) : où est la remise en selle dans les faits, comment peut se faire la transmission au plus grand nombre des itinéraires agréables (actuellement peu nombreux en IDF, et méconnus) ?
  7. qu’est-ce qu’un vélo adapté à la pratique urbaine, c’est bien urbain de votre part, mais ça ne s’apprend pas à l’école
  8. comment rouler en sécurité en ville ? Alors qu’aucun permis n’existe : quelle formation à grande échelle aux dangers spécifiques vélo (à commencer par les angles morts, et les portières), alors même que bien des parents ne peuvent même pas transmettre ces savoirs, vu qu’ils en ignorent tout

Quid de la nécessaire « culture vélo utilitaire » ? Cette dernière en voie de disparition en France depuis les années 60, notamment sous les coups des pouvoirs publics en terme de suppression d’aménagements cyclables, et d’augmentation du nombre de voies consacrées aux voitures. Nous proposons que la Ville (et la Région, et l’Etat, qui veut) renforcent leurs soutiens :

  1. aux associations cyclistes, et communiquent quant à leurs actions
  2. aux vélo-école (leçons de vélo pour adultes) : actuellement une 10aine, pour 12 millions d’habitants en Ile de France : est-ce dimensionné ?
  3. aux ateliers de réparation solidaires ou participatifs, associatifs -une 20aine actuellement,  pour 12 millions d’habitants en IDF : est-ce calibré ?
  4. aux bourses aux vélos (celles associatives ne suffiront pas pour répondre à la demande). Les magasins revendant des vélos d’occasion vont être précieux
  5. Où est la préemption des locaux pour aider à l’installation de nouveaux vélocistes , marchands et réparateurs de vélo indépendants : actuellement au nombre de 160 commerçants, pour 12 millions d’habitants en IDF : est-ce adapté ? Ces vendeurs locaux sont complémentaires de ceux des grandes surfaces.

Que font les villes dans le monde qui ont 15% de déplacement à vélo : elles mettent le paquet quant aux a-mé-na-ge-ments cyclables : Continuité cyclable, dont on parle beaucoup, mais qui commence juste à devenir une réalité, et encore, dans Paris intra muros seulement : « le mur murant Paris rend Paris murmurant ». En banlieue, pas mal d’élus ont mieux à faire.

1er sujet qui fâche : Cet objectif pourra t’il être atteint sans recourir au renforcement du  découragement de l’usage de la voiture individuelle : à sa circulation, et à son stationnement.

2ème sujet qui fâche : cet objectif pourra t’il être atteint en exagérant la place donnée aux piétons, comme éventuellement lors de la reconquête de la Seine rive droite. Car pour être clair, une ville « cyclable » n’est pas forcément une ville piétonne héhé : voir ce qui se passe à Strasbourg ou en Hollande. Une ville est cyclable si elle l’est à une certaine vitesse (autour de 18km/h de moyenne) : cette vitesse est-elle compatible avec la vitesse piétonne -autour de 5 km/h ? En terme d’espace et de cohabitation : la question est posée. Comment en effet faire une place à tous -dont les cyclistes- dans des espaces contraints, mais encore tellement voués au culte de l’automobile -non seulement en circulation, mais aussi au stationnement- : bon courage.

Voir un exemple de ce à quoi ressemble une ville ou 33% des déplacements (la « part modale ») se fait à vélo (ce n’est jamais que le double de ce que Paris ambitionne pour 2020, dans 5 ans seulement :

Gare aux embouteillage dans les pistes cyclables.

Paris va t’il enfin savoir s’inspirer des succès strasbourgeois (la seule ville française dont l’actuelle part modale vélo ressemble à quelque chose, mais c’est le fruit … de 30 ans de travail : 1er double sens cyclable dès … 1983, quand bien des villes d’IDF n’en ont toujours pas 1 seul), et bien sûr danois et néerlandais (là encore le fruit de 40 ans de volonté politique et d’aménagements en conséquence) ?

Réponse en 2020

150 millions d’€ mis sur la table, c’est bien. Si on les rapporte au nombre d’habitants parisiens, cela fait 68 € / hab. sur 5 ans, soit 13.6€ / an : ça semble correct. Mieux vaut tard que jamais : le plus tôt sera le mieux.

Enfin, 3ème question qui fâche : peut-on raisonnablement espérer 15% de proportion des déplacements à vélo (une sorte de réel effet de seuil, certes ô combien souhaitable), sans que la banlieue -à commencer par la petite couronne- mette enfin le grand braquet en terme d’aménagements cyclables : où sont les Réseaux Express Vélo ? (à part la Seine/ la Marne). Rions un peu, 1 exemple tristement révélateur du concret : aménagement cyclable non prévu sur axe structurant, et suppression du peu existant, pour créer … du stationnement auto : mais sont-ils tombés sur la tête ?

Quand l’on voit les difficultés que l’Etat lui-même rencontre :

  • pour mettre en place ce que font certains voisins européens depuis longtemps : l’indemnité kilométrique vélo (actuellement non prévue pour … les propres employés de l’Etat) -et/ou subventionner l’achat d’un nouveau vélo tous les 3 ans, même non-électrique- .
  • pour rendre cyclable la Nationale 6 (au sud de Créteil), et le Carrefour Pompadour, ou la Nationale 19 (au sud de Bonneuil)

Le tout quand on connait la proportion de personnes travaillant à Paris, mais qui n’habite pas Paris : bon courage.

Mais… laissons sa chance au produit, on relèvera les compteurs en 2020. Si tout cela pouvait devenir réalité : + d’1 déplacement /7 serait réalisé à vélo.

Le vélo est une des inventions les plus incroyables, a fortiori en ville dense :

  • de porte-à-porte
  • très économique
  • très fiable et régulier dans le temps pourvu qu’on est ait un matériel un minimum qualitatif, et adapté à sa pratique
  • qui permet de faire l’activité physique que nous réclame notre organisme
  • prenant peu de place en stationnant
  • permettant de transporter des charges ou des personnes, dans certains cas
  • avec une assistance électrique au besoin
  • le tout en mettant tout point dans un rayon de 18 km de chez soi, à moins d’une heure (!)

-> donnons lui enfin sa chance, la place qu’il mérite, et qu’il n’aurait jamais du perdre depuis les années 60, pour différentes raisons.

A quoi ressemble une ville vraiment cyclable ? Quels sont les éléments qui sont transposables à Paname ?

Un peu d’optimisme, y’a pire ailleurs :

Et bien pire encore, plus loin, à Calcutta.

Sources suivantes :

http://transports.blog.lemonde.fr/2015/04/13/1982-2015-la-longue-histoire-des-plans-velo-de-paris/

http://www.paris.fr/accueil/deplacements/paris-se-dote-d-un-nouveau-plan-velo/rub_9648_actu_154881_port_23738

http://www.lumieresdelaville.net/2015/05/05/plan-velo-de-paris-au-pays-des-magiciens-par-isabelle-lelens-experte-en-politiques-cyclables/

http://ville30.org/2015/04/12/30-millions-deuros-pour-financer-le-programme-paris-a-30-km-h/

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Un commentaire pour 15 % des déplacements à vélo dans Paris, dès 2020 ? Au boulot

  1. loubna sahli dit :

    Paris libéré, Pari validé! Vivement 2020…

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