Avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny : une « piste noire » sur la RD6A à Charenton et Saint-Maurice

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Lorsqu’elle traverse Saint-Maurice et Charenton, la RD6 devient l’avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny, bien connu par les cyclistes pour sa côte, mais également et surtout pour ses bandes cyclables décoratives et inutilisables : l’avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny est un cas d’école, l’illustration parfaite de ce qu’est une bande cyclable non-respectée. Vous aimez le danger et l’adrénaline? L’avenue de Lattre de Tassigny est faite pour vous !

A cet endroit en effet, côté Saint-Maurice les bandes sont régulièrement transformées en un deuxième rang de places de parking par les automobilistes et les livreurs, peu respectueux du code de la route et des autres usagers.

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Côté Charenton, la bande est sur trottoir ; mais – rassurez-vous – ça n’empêche pas les indélicats d’y stationner, voire, comme vous allez le constater plus bas, d’y rouler. Ci-dessous, quelques photos prises au cours des trois dernières années…

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Un état des lieux à mettre au crédit du manque de citoyenneté de certains, d’un léger dédain pour tout ce qui roule sans moteur (le vélo est encore trop souvent considéré comme un « jouet », un simple accessoire de loisir, une gêne sur la route), d’un fort lobbying des commerçants locaux (raisonnement plutôt simpliste, voire imbécile, selon lequel un automobiliste consomme ; tandis qu’un piéton ou un cycliste, c’est bien connu, ne consomme pas) et d’une certaine complaisance des élus à l’égard de ceux qu’ils semblent considérer comme leurs seuls électeurs et, partant, comme les seuls véritables citoyens dont les intérêts privés sont à protéger.

L’axe en théorie cyclable est pourtant très fréquenté : il relie les communes au sud de la Marne, telles qu’Alfortville, Maisons-Alfort et Créteil, au 12ème arrondissement de Paris et est emprunté chaque jour par des centaines d’usagers.

L’auteur de ces quelques lignes est lui aussi obligé de l’utiliser très régulièrement – chaque jour en fait – pour aller travailler et, accessoirement, en revenir. Oui, il y a des personnes responsables, des personnes qui travaillent et qui souhaitent faire rimer « économies » avec « respect de l’environnement » (pas seulement des « bobos » ou de méchants « écolos »), des personnes qui utilisent le vélo pour leurs déplacements quotidiens. Et, n’en déplaise à nos élus, ils sont de plus en plus nombreux.

Bref, le 4 novembre 2015, alors qu’il roulait tranquillement sur la bande cyclable côté Charenton – sise sur le trottoir donc – quelle ne fut pas la surprise du rédacteur de cet article en voyant arriver à contre-sens et à toute allure… un camion !

Surprise très désagréable car le malotru loin de ralentir, ne lui a pas même laissé le temps de s’écarter et l’a percuté au guidon… Ouf ! C’aurait pu être pire.

Bref, une nouvelle occasion de saisir le maire de Charenton sur l’insécurité qui règne sur cet axe (une lettre lui avait été adressée en 2014, à la même époque et plus ou moins sur la même problématique) ; chose faite le 5 novembre 2015.

Monsieur Jean-Marie BRETILLON n’a pas tardé à nous répondre ; il a même été très rapide puisqu’il l’a fait au bout de seulement une semaine.

Réponse Maire Charenton 12 11 2015

Rapide analyse de cette lettre dont vous trouverez la copie ci-dessus (ainsi que les différents courriers de saisine émanant de l’association, dans la rubrique dédiée) pour information :

  • le maire nous confirme tout d’abord qu’il s’agit d’une voie départementale (d’où une copie du courrier de saisine adressée au président du Conseil départemental, Monsieur Christian FAVIER, dont nous n’avons pour le moment reçu aucune réponse).

Pour autant, l’information est superflue et Monsieur BRETILLON le reconnait d’ailleurs bien volontiers. Nous lui en sommes très reconnaissants car, trop souvent, les autorités publiques se cachent derrière l’excuse de l’incompétence (légale), sur le mode du « c’est pas moi, c’est l’autre ».

En bref, le maire est compétent et valablement sollicité sur cet axe cyclable puisqu’il dispose d’un pouvoir de police sur tout le territoire de sa commune. Au surplus, il est seul compétent en ce qui concerne les trottoirs ; or à cet endroit, la piste est sur trottoir. Il lui appartient donc d’assurer le respect du droit et de la sécurité sur cet axe, avec l’aide éventuelle d’un service de police municipale ou de la police nationale (d’où une copie adressée au Préfet, Monsieur Thierry LELEU, qui ne nous a pour le moment pas répondu non plus).

Ajoutons que depuis un décret du 2 juillet 2015, le stationnement  sur les espaces dévolus aux piétons et aux vélos est qualifié de « très gênant » au titre de l’article R417-11 8° b) du code de la route. Il est donc sanctionné d’une amende prévue pour les contraventions de 4ème classe.

Dit plus clairement, la police municipale (et la police nationale) est en droit (devoir ?) d’infliger une amende de 135 € à toute personne peu citoyenne qui confondrait bande cyclable ou trottoir avec une voie de garage.

Ceci étant, auparavant, ce comportement était déjà qualifié de « gênant » et celui qui s’y adonnait encourrait tout de même une contravention de 35 euros.

En sus d’un nécessaire rappel à la citoyenneté et au respect du code de la route, Monsieur BRETILLON, et son homologue mauritien, Monsieur Christian CAMBON, disposaient et disposent donc toujours de tous les outils nécessaires s’ils souhaitent rétablir l’ordre sur cette route.

Car la seule intervention des « services techniques », comme l’évoque Monsieur BRETILLON dans sa réponse, n’y suffira malheureusement pas.

Ce qui nous amène au deuxième point (qui a le don d’hérisser les poils du rédacteur de cet article) :

  • « côté Saint-Maurice, la présence de commerces implique une tolérance (!) pour des stationnements ponctuels, mais dont je reconnais qu’ils peuvent gêner la progression des vélos » (ndlr : sans doute un euphémisme).

Eh bien non, cette présence n’implique en aucun cas une « tolérance » à la violation de la loi de la République (pas plus qu’elle n’implique une tolérance à l’égard des cyclistes qui roulent sur le trottoir à cet endroit… Rappel : le trottoir, c’est pour les piétons et les cyclistes de moins de 8 ans.)

Pour information, nous avons également attiré l’attention de Monsieur Christian CAMBON, maire de Saint-Maurice, sur cette question en lui adressant copie du courrier envoyé au maire de Charenton le 5 novembre et en l’invitant à nous faire part de ses réflexions sur le sujet.

En effet, même si les « stationnements ponctuels » sur trottoirs et bande sont également très fréquents et peu réprimés côtés Charenton, le maire de Saint-Maurice semble le premier concerné par la « tolérance » aux stationnements illicites et autre incivilité sur pistes cyclables (cf les photos ci-dessus…).

A l’heure actuelle, toutefois, (nous sommes le 23/11 alors que j’écris ces lignes), Monsieur CAMBON – comme le Préfet, comme le Président du Conseil départemental – ne nous a pas transmis ses observations.

Pour autant – et à moins qu’elle n’ait évolué ces 2 dernières années – nous pensons déjà connaître sa position sur le sujet. Il ne l’a en effet jamais cachée et l’a même réaffirmée au cours d’une réunion publique, en 2013 : comme le maire de Charenton, il pense défendre les intérêts du commerce et se refuse d’agir pour assurer la sécurité publique ; il tolère une situation illégale.

Pour l’histoire, il est même à l’origine du retrait d’une bordure qui, initialement, empêchait les véhicules motorisés de stationner sur la bande cyclable. A l’époque, il avait évoqué – c’est un comble ! – la sécurité des usagers cyclistes…

En ce qui concerne nos propres observations, les voici :

  • Un arrêt (pas un stationnement !), même ponctuel, doit, lorsqu’il est autorisé, se faire sur le bord de la route, pas sur la bande/piste cyclable. Sinon, c’est 135 € d’amende, comme rappelé ci-dessus. Il est d’ailleurs intéressant de constater que l’article R110-2 du code de la route, qui définit ce qu’est un arrêt et un stationnement, définit également ce qu’est une « piste cyclable » : une« voie exclusivement réservée aux cycles à deux ou trois roues sur une chaussée à plusieurs voies » (décidemment le code de la route est un ouvrage dont on ne peut que conseiller la lecture !).

 

  • Si l’on sort du droit pour se rendre sur le terrain économique que semblent beaucoup plus affectionner les édiles locaux, force est de constater qu’un espace routier pacifié et sûr est beaucoup plus à même d’attirer les chalands que la bordure encombrée d’une « autoroute départementale ». Au demeurant, c’est le meilleur moyen d’attirer une clientèle de proximité, qui circule plus volontiers à pied ou à vélo, et qui est plus facile à fidéliser.

 

  • Dans une démocratie, l’intérêt économique privé de quelques-uns ne peut primer sur la sécurité publique. L’argument de la présence de commerces est donc particulièrement inopérant.

 

  • Concernant, en troisième lieu, « les efforts engagés par la ville de Charenton pour développer les itinéraires cyclables » :

Force est de constater que nous n’avons pas constaté grand-chose… : l’axe cyclable majeur que représente l’avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny est neutralisé, on vient de le voir.

Pour le reste, la ville a multiplié les double-sens cyclables, c’est vrai. C’est bien, mais ce faisant, elle n’a fait qu’obéir à la loi. Par ailleurs, le seul fait d’apposer une silhouette blanche de cycliste sur une route ne la rend pas cyclable. Quid du respect des pistes ? Quid de l’indication verticale des itinéraires cyclables ?… Il n’y pas lieu de se glorifier et la copie serait plutôt à revoir.

  • Dernier point abordé par le maire de Charenton : « il vous est possible aisément d’éviter l’avenue de Lattre de Tassigny ».

Dans le cas très particulier du rédacteur de cet article, qui est sans doute celui d’autres personnes, c’est faux : mon véhicule n’a de moteurs que mes deux jambes, il n’a pas de toit et ma vitesse est en moyenne de 20 km/heure.

Entre le pont de Charenton et mon domicile il y a environ 900 mètre en passant par la bande cyclable de la RD 6A. Utiliser l’itinéraire « bis » conseillé par le maire (utilise-t-il réellement souvent son vélo pour aller travailler …?) ou son conseiller technique me ferait parcourir une distance de 2,4 km : presque le triple. Ce n’est pas de la mauvaise volonté, mais je ne souhaite pas tripler mes efforts et mon temps de trajet, particulièrement l’hiver, lorsqu’il pleut et que j’ai déjà parcouru environ 7 km depuis Créteil.

Mais surtout, si l’on s’écarte de ce cas très particulier et uniquement illustratif qui le mien, je ne souhaite pas m’asseoir sur mes droits d’usager de la route et – sauf à se considérer comme des citoyens de seconde zone – j’invite les autres cyclistes à faire de même : une bande cyclable existe sur l’avenue de Lattre de Tassigny ; elle doit pouvoir être utilisée ; les maires de Saint-Maurice et de Charenton doivent la faire respecter. A fortiori parce qu’il s’agit d’un axe très fréquenté, et par les cyclistes, et par les automobilistes.  A fortiori parce que des commerces le bordent et que les cyclistes, eux aussi, doivent pouvoir s’y rendre.

En conclusion, Partage Ta Rue 94 ne demande pas une systématisation des contraventions à 135 euros sur cet axe, comme sur tous les autres (car l’avenue du maréchal de Lattre de Tassigny, encore une fois, n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de pistes « neutralisée »).

Elle demande avant tout, a minima, une action de sensibilisation des usagers motorisés aux risques qu’ils font encourir aux cyclistes et aux piétons lorsqu’il occupent une piste, une bande cyclable ou un trottoir :

  • une voiture mal garée peut cacher un autre obstacle et engendrer un risque de collision pour le cycliste qui la dépasse, puis se rabat.
  • une voiture qui occupe une piste cyclable ou un trottoir oblige piétons et cyclistes à empiéter sur la route ; ce faisant, elle leur fait courir le risque de se faire percuter par un autre véhicule (ce qui est d’autant plus vrai sur un axe très circulé où les limitations de vitesse ne sont pas respectées, comme à Saint-Maurice/Charenton).

Elle demande que les services de police municipale, tant charentonnais que mauritiens, contrôlent régulièrement cet axe (si possible aux heures d’affluence : le WE et chaque jour de 17h à 20h) et enjoignent aux conducteurs contrevenants de quitter la bande cyclable ou le trottoir pour s’arrêter, éventuellement, sur le bord de la route.

Les dispositions du code de la route sont claires : les respecter, c’est respecter les autres usagers.

Ce n’est qu’en sensibilisant et en montrant l’exemple que nos élus pourront faire évoluer la situation ; pas en affichant une tolérance de bon aloi auprès des commerçants, également grands perdants dans l’affaire.

Le recours à des contraventions deviendra naturellement inutile, s’ils font cet effort.

Si vous souhaitez nous rejoindre ou tout simplement nous soutenir dans ce combat pour les circulations douces, venez nous retrouver chaque premier vendredi du mois au 17 rue Bonne, à Créteil (sous la crèche), de 19h à 20h, ou contactez-nous par mail.

sous préfet

 

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3 commentaires pour Avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny : une « piste noire » sur la RD6A à Charenton et Saint-Maurice

  1. Messieurs les maires encore un petit effort pour faire respecter la règlementation mise en place et assurer la sécurité des cyclistes.

  2. Grég Chapory dit :

    J’ai lu avec beaucoup d’intérêt cet article concernant les difficultés des cyclistes parcourant l’avenue du Maréchal de-Lattre-de-Tassigny à Charenton-le-Pont et à Saint-Maurice.
    En effet, j’emprunte régulièrement cette voie à vélo, entre Maisons-Alfort et Montreuil et je rencontre systématiquement les mêmes difficultés que vous.
    La situation décrite dans l’article illustre parfaitement qu’un aménagement cyclable ne peut simplement se limiter à un marquage au sol,. Il doit nécessairement s’accompagner d’informations, mais aussi d’actions répressives.
    Il doit également être réalisé en cohérence avec les pratiques réelles du vélo en tant qu’une alternative à la voiture et non simplement comme un loisir.
    Malheureusement la piste cyclable de l’avenue du Maréchal de-Lattre-de-Tassigny se limite simplement à un marquage au sol symbolique.
    La réaction du Maire de Charenton-le-Pont sur le sujet montre clairement que les vélos et les piétons ne sont pas une priorité.
    Au contraire, la tolérance du stationnement ponctuel, que justifierait la présence de commerces, implique en réalité la neutralisation permanente des espaces cyclables du fait d’une présence continu de véhicules stationnés.
    De même, « Les chantiers en cours » occupent la totalité du trottoir encore une fois au détriment des espaces cycliste et piétons.
    Au final, ce qui apparaît le plus grave n’est pas le refus des élus locaux de mener une politique visant à développer les aménagements cyclables mais leur volonté de ne pas appliquer la Loi et de mettre en danger ceux qui ont choisi de se déplacer en vélo.

  3. Tiptopdu dit :

    MAJ : A cet endroit, la problématique se trouve encore augmentée depuis quelques semaines (au 1/3/2016) par de nouveaux travaux à l’entrée du pont de Charenton, côté Saint-Maurice. Une fois encore, la piste a été totalement neutralisée (par les travaux, mais également par les camions qui se garent sur la portion potentiellement encore libre…), sans qu’un itinéraire bis ou un marquage temporaire ne soit proposé aux nombreux usagers cyclistes qui l’emprunte matin et soir…

    A cela, s’ajoute un peu plus loin, avant la côte, et depuis quelques mois maintenant, la mise en place a priori définitive d’un « kiosque à publicités », entre la piste et le trottoir. Cette installation créé un véritable problème de visibilité » : gare aux rencontres piétons/cyclistes…

    Bref, le maire de Saint-Maurice semble adorer les frissons juridiques. Ou alors, méconnaissant totalement l’usage des circulations douces, il ne se rend pas compte qu’en cas d’accident sa responsabilité serait fortement engagée…

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