Les zones de rencontre ou zones 20, pour protéger les piétons et cyclistes

Qu’est-ce précisément qu’une zone 20 ? Où en implante-t-on et comment doit-on le faire ? Dans cet article on essaie d’y répondre en l’illustrant par les exemples que nous connaissons dans le Val de Marne. Certaines des zones 20 existantes posent question : on dira ce qu’il faudrait faire pour y remédier.

Qu’est-ce qu’une zone 20 ?

Les zones 20, ou zones de rencontre, sont définies par le code de la route (art. R-110-2) depuis 2008 : «zone de rencontre : section ou ensemble de sections de voies en agglomération constituant une zone affectée à la circulation de tous les usagers. Dans cette zone, les piétons sont autorisés à circuler sur la chaussée sans y stationner et bénéficient de la priorité sur les véhicules. La vitesse des véhicules y est limitée à 20 km / h. Toutes les chaussées sont à double sens pour les cyclistes, sauf dispositions différentes prises par l’autorité investie du pouvoir de police. Les entrées et sorties de cette zone sont annoncées par une signalisation et l’ensemble de la zone est aménagé de façon cohérente avec la limitation de vitesse applicable. ». L’article R. 412-35 précise en outre que « Dans une zone de rencontre, les piétons peuvent circuler sur la chaussée mais ne doivent pas gêner la circulation des véhicules en y stationnant. ». Enfin l’article R417-10 considère que « le stationnement d’un véhicule dans une zone de rencontre, en-dehors des emplacements désignés à cet effet » est gênant.

Dans une zone de rencontre les véhicules doivent donc céder la priorité aux piétons qui circulent sur la chaussée, au besoin en s’arrêtant.

Sauf interdiction motivée, les cyclistes peuvent circuler dans les deux sens, comme dans les double sens cyclables des zones 30. Leur vitesse est limitée à 20 km/h comme les autres véhicules.

Comment sont-elles signalées ?

Le panneau B52 signale l’entrée dans une zone de rencontre et le panneau B53 la sortie.

Comment recommande-t-on de les aménager ?

Le CEREMA, établissement public de référence en matière d’aménagement, a publié une série de recommandations pour aménager les zones de rencontre https://www.cerema.fr/fr/mots-cles/zone-rencontre : conserver des espaces continus dédiés aux piétons et libres d’obstacles pour les Personnes à Mobilité Réduite (PMR); adopter un aménagement général évoquant un espace piéton (ne pas réaliser la chaussée en bitume noir classique); pas de passage piéton (préférer des éléments de guidage) ; pas de feu de signalisation, signalisation minimale ; modérer si besoin la vitesse à l’entrée dans la zone (ralentisseurs, rétrécissements) et pour éviter les reprises de vitesse, entre autres.

Les zones 20 sont réalisées par la collectivité responsable de la voie : commune, collectivité de communes, plus rarement le département. Dans le Val de Marne le conseil de département subventionne l’aménagement des zones 20 par les collectivités à hauteur de 30% pour favoriser le développement des mobilités actives.

Quelle est la priorité des cyclistes dans une zone de rencontre ?

Dans une zone de rencontre les règles de priorité habituelles s’appliquent entre les cyclistes et les autres véhicules. Comme dans les autres voies, lautomobiliste doit réduire sa vitesse lors du croisement ou du dépassement de cyclistes isolés ou en groupe (article R413-17). Cette règle prend son importance dans les zones de rencontre tracées dans des rues étroites. Par contre le cycliste doit céder la priorité aux véhicules venant de droite – attention à ne pas interpréter le panneau B52 comme une priorité au cycliste ! – . En fait la seule règle favorisant spécifiquement les cyclistes dans les zones 20 est la possibilité de circuler dans les deux sens, sauf décision justifiée du maire. Dans son avis sur le projet de plan Vélo du territoire GPSEA (16 communes du 94 dont Alfortville, Bonneuil, Créteil,..) , le Collectif Vélo Ile de France a attiré l’attention sur la nécessité de modérer le trafic motorisé dans les zones de rencontre par des plans de circulation adaptés et par des aménagements améliorés.

Vis-à-vis des piétons et PMR, le cycliste est un véhicule : il doit faire preuve de prudence en s’abstenant de rouler dans leurs espaces réservés, en adaptant sa vitesse et en s’arrêtant au besoin pour leur céder le passage.

Où aménage-t-on une zone de rencontre ?

Un cas fréquent est celui de voies utilisées comme lieu de promenade avec des flux de véhicules faibles et un habitat peu dense. Dans le 94 des exemples typiques sont les voies en bord de rivière : quai Gabriel Péri, quai d’Anjou et quai de Béthune à Joinville, le quartier des îles à Créteil. Dans ces cas l’étroitesse des voies et l’absence de trottoirs font que les véhicules accordent assez spontanément la priorité aux piétons.

Les zones de rencontre sont aussi bien adaptées pour pacifier les rues étroites ou sinueuses en centre ville : rue de Vesvres ou rue du Temple à Sucy, rue Jean Douat à Fontenay, rue Jean Bezançon à Marolles, rue Paul Doumer à Périgny sur Yerres par exemple.

Les rues commerçantes de centre ville peuvent aussi être aménagées en zone 20 avec succès comme la rue de Paris à Charenton, la rue du Général Leclerc à Créteil, la rue du Midi à Vincennes, ou la rue du Moutier à Sucy en Brie: pas de trottoirs, des potelets délimitent éventuellement la séparation entre l’espace réservé aux piétons et la bande de circulation; un matériau spécial (pavés) incite les véhicules à rouler lentement.

Elles sont aussi parfois utiles pour pacifier une rue résidentielle ou un secteur particulier comme une sortie d’école.

Des aménagements qui posent parfois question…

Certaines zones de rencontre ont conservé des trottoirs hauts et une chaussée classique avec stationnement unilatéral, voire bilatéral. Des ralentisseurs y modèrent localement la vitesse des véhicules mais l’accès des piétons et des PMR à la chaussée n’est prévu qu’aux passages piétons.

Ce type d’aménagement pose question, ne serait-ce qu’à cause de l’emploi du bitume noir et des passages piétons déconseillés par le CEREMA. Quand une voie est à double sens avec stationnement bilatéral ou quand des barrières ou massifs végétaux dissuadent les piétons et les PMR d’accéder à la chaussée, les véhicules y sont maîtres et la priorité des piétons y est assez théorique, celle des PMR devient illusoire. De même, l’aménagement d’une zone de rencontre dans une traversée de parking comme on l’observe parfois n’est pas conforme à l’esprit qui a présidé à leur introduction dans le code de la route.

Ces zones 20 ont-elles été réalisées hâtivement? Ont-elles pour but de présenter des kilométrages flatteurs de zones pacifiées ou de bénéficier de subventions attractives ? Quoiqu’il en soit les aménagements laissant la priorité à la circulation et au stationnement des véhicules motorisés brouillent la compréhension des zones 20 par les usagers, automobilistes comme piétons. Nous pensons que ces voies doivent être améliorées en rétrécissant la bande de circulation pour y rendre effective la priorité des piétons et des PMR. Il nous semble aussi qu’elles doivent être mieux protégées du stationnement abusif.

Conclusion

Avec leurs caractéristiques – limitation de vitesse à 20 km/h, priorité aux piétons sur toute la voirie et double sens cyclables-, les zones de rencontre constituent un moyen intéressant de faciliter les mobilités actives et de protéger les usagers vulnérables, cyclistes compris. Pour autant, cette possibilité du code de la route est d’apparition assez récente et ses possibilités gagneraient à être mieux connues de la part des usagers et des collectivités. Au vu des exemples rencontrés dans le 94, les collectivités ont leur rôle à jouer en aménageant plus systématiquement ces zones en accord avec les recommandations du CEREMA.

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2 commentaires pour Les zones de rencontre ou zones 20, pour protéger les piétons et cyclistes

  1. Lesné dit :

    Quand vous intitulez « pour protéger les cyclistes et les piétons », j’ai des difficultés à ne pas réagir : avez-vous déjà essayé de MARCHER le long de la Marne ? (centre de secours de Joinville, en passant sous le pont puis en continuant sur le chemin de halage qui conduit au quai Schaken? Non, sans doute.) Cette zone s’est transformée en vélodrome, les cyclistes roulent à tombeau ouvert et malheur à vous si vous leur rappelez que ce n’est pas une piste de compétition (les cyclistes sont d’ailleurs vêtus comme des compétiteurs, preuve qu’ils ont bien l’intention de dépasser la vitesse de promenade) ; je les ai souvent entendus insulter les piétons, être prêts à mettre pied à terre pour en venir aux mains parce qu’on leur signifie que ce ne sont pas les rois de la route et il faudrait protéger les cyclistes ?!!!! Cette politique du tout-vélo est invivable et je peux vous dire que si rien n’est fait les personnes à mobilité réduite (âgées ou non) n’oseront plus sortir pour respirer un peu car même les chemins qui longent la Marne – goudronnés mais trop étroits pour les vélos et piétons – sont trop dangereux et impraticables par les piétons. Il y a des pistes cyclables, pourquoi foncent-ils sur les piétons ? Je suis prête à respecter le vélo qui est aussi nécessaire au cycliste que la marche peut l’être pour un piéton, quel que soit son âge et sa condition physique, mais que les cyclistes mettent pied à terre sur des zones partagées et ne roulent que sur les couloirs prévus à cet effet. Le « vivre ensemble » fourre-tout est transgressé par ceux-là même qui le défendent et l’assènent au tout venant.

    • bicyc94 dit :

      J’ai souvent parcouru à pied les bords de Marne que vous évoquez avec ma compagne (140 ans à nous deux) et je n’ai JAMAIS vécu des tensions entre piétons et cyclistes comme vous les décrivez. Il existe une petite minorité de cyclistes irrespectueux envers les piétons (tout comme il existe une minorité d’automobilistes irrespectueux) mais la grande majorité des cyclistes fait attention aux piétons. Les associations comme PTR94 enseignent en vélo école le respect des piétons. Notre article rappelle que dans une zone 20 , le cycliste doit céder le passage aux piétons, modérer son allure quand il les croise et s’arrêter au besoin. Une zone 20 n’est donc pas un espace « tout-vélo » et il est bon de le rappeler car certains élus classent les zones 20 comme ‘aménagements cyclables » pour afficher un bilan flatteur vis-à-vis des cyclistes. Dans un cas comme celui des bords de Marne à Joinville et St Maur , nous avons plusieurs cas de figure 1° du poste de secours à la passerelle qui se trouve en limite Joinville – St Maur, le chemin de halage est une zone 20 avec les règles qu’on vient de rappeler 2° la passerelle elle-même est une voie piétonne : le cycliste doit mettre pied à terre ou rouler au pas 3° sur le quai Schaken, à St Maur, une piste cyclable a été créée il y a 1 an, ce qui permet de séparer la circulation des vélos de celle des piétons. Les piétons doivent emprunter l’un des trottoirs et n’ont pas à emprunter la piste cyclable , et sauf erreur les cyclistes peuvent rouler à 30 km/h sur la piste puisque le quai Schaken est en zone 30. Si un piéton (ou son chien) gêne un cycliste sur cette piste cyclable et le fait tomber, le piéton peut porter une part de responsabilité de l’accident. 4° entre la passerelle du Halage et le pont de Créteil une piste cyclable a été créée sur un trottoir auparavant dévolu aux piétons. De manière générale notre association demande que les pistes cyclables ne soient pas créées en prenant de l’espace aux piétons. S’il y a aujourd’hui des conflits piétons-vélos sur cette section – et nous le déplorons – c’est bien parce que les aménagements ont été conçus sans concertation avec les associations cyclistes comme la nôtre. A cet endroit il aurait été préférable de prendre la largeur nécessaire à la piste cyclable sur la chaussée pour laisser un trottoir piéton réglementaire (1,40 m de large) coté Marne. Un dernier mot pour finir : dans leur écrasante majorité les piétons blessés ou tués le sont par des véhicules motorisés. Ne nous laissons pas intoxiquer par ceux qui cherchent à dresser les piétons contre les cyclistes. Les principaux responsables de l’insécurité des piétons sont de loin les véhicules motorisés.

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